La pièce, ZANNIMO LATÈ révèle de singuliers héros: des animaux opprimés, résolus une fois leur liberté retrouvée, de créer une société plus juste que celle des hommes.

Librement inspirée du roman de George Orwell  La Ferme des Animaux, son intrigue est porteuse d’un enseignement. Elle nous fait passer de la fondation d’une communauté égalitaire à la réalité d’un esclavage au sein d’une dictature. Au-delà de son contexte originel au sortir du régime Stalinien, l’ensemble du récit est un conte philosophique qui relève à la fois du merveilleux et du pamphlet satirique. C’est un parcours initiatique.

«Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres ».
Voilà bien le ressort d’une histoire qui met au défi l’équilibre fragile d’une vie en communauté. 
Dans l'éclat de l'or, ténèbres et lumières basculent et se chevauchent pour s'inventer en masques. Comment faire alors, sinon s'employer, tels les protagonistes de cette histoire, à ce que révolution soit faite? Nous voulions rire aux larmes. Bousculer ces miroirs de convoitise et de pouvoir jusqu'à les faire voler en d'autres éclats.  Et avant que Politique ne puisse y trouver à redire, révéler plutôt la genèse d'un possible meilleur; cet or immatériel, subtilement décrit en ces mots de Frankétienne:
" Ne vienne avec le temps qu'amitié pure. Naissance orale telle qu'à jamais mienne d'affection fraternelle. Et nulle méfiance. Nul soupçon. Nulle promiscuité relationnelle. Et nulle ambiguïté non plus dans la transparence de nos frontières et de nos essentielles différences. Ne devienne et ne demeure finalement que la confiance mutuelle dans la lumière généreuse d'une rencontre paradoxalement aléatoire, ineluctable et miraculeuse."

Le travail de création fut mené par une formidable équipe d'interprètes, soudée à ce que son ferment soit la culture haïtienne. Ce théâtre musical pour acteurs et marionnettes portées, bat aux rythmes vaudous de Pewo, Yanvalou, Nago, Il est nourri de proverbes et d'expressions en créole proposées en jeu par les comédiens qui donnent au texte sa vivacité et véracité. Mêlant l’humour et la gravité, la lucidité et la farce, il convoque les mythes et les imaginaires.

L’esthétique de ce monde, saisissant bestiaire, nécessitait un traitement plastique des corps (maquillages, costumes, accessoires) qui puisse conjuguer les entités, confronter les différences, sans que la caricature ne l'emporte sur le fond, ni sur la complexe teneur des relations entre les personnages. 

L’animal dominant devient dans la suite logique de supériorité sur les autres, le tyran d'un jeu binaire: Pour ou contre moi? Il lui faut étendre son rayonnement de toutes les manières, mais parce qu’il n’est somme toute qu’un animal ambitieux peu inventif, il s’y appliquera en utilisant tous les outils du pouvoir déjà expérimentés par l’homme (Animal politique, comme le défini Aristote): la technologie, les médias, le système défense y compris. L’espace scénique intègre ces mutations tant sur le plan sonore que visuel. Fils électriques tentaculaires, grilles de protection, microphones, zones VIP, plateaux de télévision s’immiscent dans le paysage de notre plateau, entraînant dans leur spirale un peu probable retour à la case départ ; à savoir la vision révolutionnaire de bâtir une nouvelle société, moins « humaine » a fortiori plus juste. 

En créole haïtien,  Zannimo Latè  signifie :« Animaux de toute la terre » ...  Puissions-nous, hommes et femmes que nous sommes, en prendre bonne graine.


France HERVÉ






Répétitions à ARTCHO, Port-au Prince, Septembre 09



SYNOPSIS


Des animaux vivent dans une ferme de campagne... JONES en est le propriétaire. Délaissé par sa femme, au bord de la ruine, ce dernier laisse son exploitation aller à la dérive.
Les conditions de vie des animaux sont devenues insupportables: rations de nourriture misérables, repos quasi inexistant, espérance de vie écourtée... Si bien que SAGE LEGBA (vieil animal visionnaire, admiré de tous) les encourage à la révolte. Il promet un monde meilleur sans exploitation passant par la fin de la domination humaine. Hélas, le vieux SAGE meurt, mais quelques mois plus tard, la révolution éclate. JONES et ses ouvriers sont mis en fuite par tous les animaux. Les signes de l'esclavage maudit sont détruits par le feu et des serments sont lancés au-dessus des flammes :"Nul animal jamais n'en tyrannisera un autre. Nul animal ne tuera un autre animal. Tous les animaux sont égaux!".

Forts de travailler enfin librement pour leur communauté, les animaux parviennent à engranger la récolte plus vite que ne l'auraient fait les hommes. Tandis que chacun prend part aux besognes, les cochons BABO, NAPO et BB se spécialisent dans les tâches administratives, ayant secrètement appris à lire dans un vieil abécédaire. Rapidement, ils exposent aux autres la philosophie de L'ANIMALISME censée rassembler les pensées de SAGE L’ANCIEN. Les animaux, réticents à l'idée d'apprendre le maniement des chiffres et des lettres croient s'éviter des soucis en laissant les cochons oeuvrer seuls à la rédaction des lois. Le temps passant, ils sont forcés de constater que certains se sont accordé bon nombre de privilèges. Qui plus est, les cochons ont pris les commandes de la ferme. Ces questionnements sont divertis par les rivalités qui fractionnent leurs dirigeants. En effet, l'assurance de BABO, partisan du génie scientifique est devenue insupportable à NAPO qui rêve aussi de pouvoir et de reconnaissance. Son inaptitude au discours n'a pas échappé à BB, le plus jeune des cochons qui peine à se tailler une place de choix entre ses aînés. Il devient rapidement son conseiller et porte-parole, place stratégique dont il compte bien se servir au moment voulu.

Une course implacable au pouvoir est alors engagée. 
Aucun ne peut se douter de quoi sera fait le régime du cochon sortant...                       
Éliminant tout réfractaire, un seul s'impose en maître. 
Le courtiser sinon périr; la division attise ses flammes. 
Comment les animaux pourront-ils s'en défendre? 
Comment sauront-ils s'en départir? 
Peut-être que dans notre histoire, les vrais acteurs de cette escalade, 
en son dénouement, auront leur mot à dire.